Holding et SASU : comment optimiser quand l’activité décolle ?

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Votre SASU tourne bien. Le chiffre d’affaires progresse, le résultat est au rendez-vous, et vous commencez à vous poser la question que posent tous les dirigeants à ce stade : est-ce que je paie trop d’impôts sur ce que je gagne ?

La réponse honnête : probablement oui, si vous avez plus de 80 000 à 100 000 € de bénéfices annuels que vous ne distribuez pas intégralement. Et la solution que regardent la plupart des dirigeants dans cette situation, c’est la holding.

Dans cet article, on vous explique comment la combinaison holding + SASU fonctionne concrètement, ce qu’elle permet d’optimiser, et ce qu’elle ne fait pas.

Le problème concret que la holding vient résoudre

Quand votre SASU dégage un bénéfice, il est d’abord soumis à l’IS, 15 % sur les premiers 42 500 €, 25 % au-delà. Jusque-là, c’est normal.

 

Le problème arrive quand vous voulez utiliser ce bénéfice. Deux options :

 

  • Vous vous le distribuez en dividendes → flat tax (PFU) de 30 % supplémentaires. Au total, entre l’IS et la flat tax, vous avez perdu entre 47,5 % et 47,5 % du résultat brut avant de pouvoir utiliser cet argent.
  • Vous le laissez dans la société → il est protégé fiscalement, mais vous ne pouvez pas l’investir dans un autre projet sans le sortir d’abord,  et donc payer la flat tax.

 

C’est exactement le problème que la holding résout : elle permet de faire remonter les bénéfices de votre SASU avec une fiscalité quasi-nulle, et de les réinvestir librement dans d’autres projets sans passer par la case flat tax.

Le régime mère-fille : le mécanisme clé

Lorsqu’une société mère (la holding) détient des titres dans une filiale (votre SASU), les dividendes versés par la filiale à la holding bénéficient du régime mère-fille. Ce régime permet d’exonérer 95 % des dividendes reçus d’IS.

 

1,25 %

Taux effectif d’IS sur les dividendes avec le régime mère-fille

vs 30 % de flat tax en distribution directe

 

Le calcul : seuls 5 % des dividendes reçus sont réintégrés dans le résultat de la holding et soumis à l’IS au taux de 25 %. Ce qui donne : 5 % × 25 % = 1,25 % d’imposition effective. Sur 100 000 € de dividendes remontés, la holding paie 1 250 € d’IS, et dispose de 98 750 € pour réinvestir.

 

Conditions à respecter (sources : CGI art. 145 et 216) :

  • La holding doit détenir au moins 5 % du capital de la SASU.
  • Ces titres doivent être conservés pendant au moins 2 ans.
  • Les deux sociétés doivent être soumises à l’IS.

 

Exemple chiffré : résultat net SASU de 150 000 €

IS payé par la SASU (taux moyen ~22 %) : environ 33 000 €. Résultat distribuable : 117 000 €.

→ Sans holding : flat tax 30 % sur 117 000 € = 35 100 € → vous récupérez 81 900 €.

→ Avec holding (régime mère-fille) : IS holding 1,25 % × 117 000 € = 1 463 € → la holding dispose de 115 537 €.

Différence disponible pour réinvestir : +33 637 €.

 

Important : cet avantage ne concerne que les fonds maintenus dans la holding. Si vous vous les redistribuez en tant que personne physique, la flat tax de 30 % s’applique à ce moment-là. La holding est un outil de capitalisation et de réinvestissement, pas d’exonération définitive.

Ce que vous pouvez faire avec les fonds dans la holding

Une fois les dividendes remontés dans la holding à 1,25 % d’imposition, trois grandes stratégies s’ouvrent.

Usage 1 : Réinvestir dans un nouveau projet

C’est le cas le plus fréquent chez les dirigeants en croissance. La holding utilise les fonds pour financer une nouvelle activité, prendre une participation dans une autre société, ou apporter des fonds propres à une structure immobilière (SCI).

 

L’avantage : vous réinvestissez avec 115 000 € là où vous n’auriez eu que 82 000 € en distribution directe. L’effet cumulé sur plusieurs années est considérable.

 

Usage 2 : Optimiser la transmission ou préparer une cession

C’est ici qu’intervient l’apport-cession (article 150-0 B ter du CGI). Si vous envisagez de céder votre SASU à terme, apporter vos titres à une holding avant la cession permet de reporter l’imposition de la plus-value — qui peut représenter plusieurs dizaines ou centaines de milliers d’euros.

 

Apport-cession : les règles 2026 (LF 2026 du 20 février 2026)

Le dispositif 150-0 B ter a été durci par la loi de finances 2026 pour les cessions réalisées à compter du 21 février 2026 :

▸ Quota de remploi relevé de 60 % à 70 % du produit de cession.

▸ Délai de réinvestissement porté à 3 ans (au lieu de 2 ans).

▸ La holding doit être contrôlée par l’apporteur (> 50 % des droits de vote).

▸ Le report d’imposition est maintenu tant que les conditions sont respectées — mais c’est un report, pas une exonération.

⚠️ Ces nouvelles règles renforcent l’importance d’un accompagnement spécialisé pour structurer l’opération correctement.

Usage 3 : Constituer une trésorerie de groupe sécurisée

La holding permet de mettre à l’abri les fruits de l’exploitation dans une structure distincte de la société opérationnelle. En cas de difficultés dans la SASU, les actifs de la holding ne sont pas directement exposés.

C’est un argument particulièrement pertinent pour les dirigeants qui opèrent dans des secteurs à risque, ou qui ont plusieurs années de bénéfices accumulés qu’ils souhaitent sécuriser.

Holding passive ou animatrice : quelle différence pour ACCABIZ ?

C’est une distinction peu connue mais importante, notamment pour la transmission et certains avantages fiscaux.

Critère

❌ Holding passive

✅ Holding animatrice

Définition

Détient des titres, ne gère pas activement

Détient ET participe à la gestion (services, trésorerie…)

Pacte Dutreil (transmission)

Exclue ou conditions réduites

Éligible — avantage majeur

Exonération IFI

Non éligible

Éligible sous conditions

Obligations

Plus simples

Justification des prestations, conventions documentées

Risque de requalification

Faible

Plus élevé si mal documentée

Pour la plupart des dirigeants de SASU en croissance, la holding animatrice est à privilégier si vous envisagez une transmission à terme notamment pour bénéficier du Pacte Dutreil qui permet une exonération de 75 % sur les droits de succession ou de donation.

À partir de quand la holding devient-elle rentable ?

C’est la vraie question. Créer et faire vivre une holding a un coût : comptabilité supplémentaire, CFE additionnelle, frais juridiques de création, conventions inter-sociétés à documenter. Ces coûts s’estiment généralement entre 2 000 et 5 000 € par an selon la complexité.

80 à 100 K€

de bénéfices non distribués annuellement — seuil de pertinence estimé

en dessous, les coûts fixes peuvent dépasser les économies

En dessous de ce seuil : l’économie fiscale ne compense pas les coûts de structure. Il vaut mieux optimiser d’autres leviers (PER Madelin, rémunération, investissements déductibles).

Au-delà de ce seuil : le gain net annuel peut dépasser 15 000 à 30 000 € selon le niveau d’activité. Sur 5 ans, l’effet de capitalisation devient structurant pour votre patrimoine professionnel.

Questions fréquentes sur la holding + SASU

Oui. L’opération classique consiste à apporter les titres de votre SASU existante à une nouvelle holding créée à cet effet. C’est ce qu’on appelle un apport de titres, encadré par l’article 150-0 B ter du CGI. Aucune dissolution ou recréation de la SASU n’est nécessaire.

Oui, sous conditions. La holding SASU peut bénéficier du taux réduit de 15 % sur ses premiers 42 500 € de bénéfice imposable (quote-part de 5 % des dividendes reçus + éventuels management fees), à condition de ne pas dépasser 10 M€ de CA et que son capital soit détenu à 75 % au moins par des personnes physiques ou des PME.

Non, les management fees ne sont pas obligatoires. Ils sont utiles si la holding fournit réellement des prestations de direction, de conseil ou d’animation à la filiale, et ils doivent dans ce cas être justifiés par une convention formalisée et des prestations réelles. Des management fees artificiels peuvent être requalifiés par l’administration fiscale en acte anormal de gestion.

En résumé : la holding, un outil puissant mais au bon moment

La combinaison holding + SASU est l’une des structurations les plus efficaces pour les dirigeants dont l’activité décolle. Elle permet de réinvestir avec 30 % de capital supplémentaire, de préparer une cession dans des conditions fiscales optimisées, et de sécuriser son patrimoine professionnel.

Mais c’est un outil qui se justifie par votre situation réelle, pas par une tendance ou une conversation entre entrepreneurs. La bonne question à se poser : est-ce que je génère régulièrement plus de 80 à 100 000 € de bénéfices que je ne distribue pas, et est-ce que j’ai des projets de réinvestissement ? Si oui, il est temps d’en parler sérieusement.

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